Vous dépensez des fortunes en trajets domicile-travail ? Basculez aux frais réels ! Bien calculée, cette option peut se transformer en bonus fiscal.

Chaque année, la majorité des salariés ne remplissent pas la ligne « Frais réels » de leur déclaration de revenus. Du coup, le fisc applique automatiquement une déduction de 10% sur leurs salaires ou allocations de retour à l’emploi, destinée à couvrir les frais qu’ils engagent pour exercer leur profession ou chercher un travail : transports, repas, etc. Pour les revenus de 2012 (déclarés en juin 2013), cette déduction est plafonnée à 12 000€, avec un minimum forfaitaire à 421€ (924€ pour les chômeurs depuis plus d’un an). Dès lors que vous comptabilisez peu de frais professionnels – c’est la situation la plus fréquente -, cette solutions se relève avantageuse. Dans le cas contraire, étudiez l’option des rais réels.

Les revenus d’un ménage étant individualisés, chaque membre du foyer déclarant un salaire peut choisir la déduction qui lui convient. Si celle de 10% est préférable à votre conjoint , rien ne vous empêche, vous, d’opter pour les frais réels. A condition de pouvoir justifier vos dépenses strictement professionnelles réalisées dans l’année : attestation de l’employeur indiquant vos périodes de congés payés (et de facto vos jours travaillés), factures de restaurant… Vous n’avez pas à joindre ces justificatifs à la déclaration, mais à les transmettre au fisc à sa demande.  » Cette option nécessite d’être discipliné », prévient Eric Bouron, expert comptable à Nantes. Avez-vous intérêt à l’adopter ? Pour le savoir, un impératif : sortir votre calculette ! 

> Dès cette année, pour les transports

Si vous habitez loin de votre lieu de travail et que vous supportez des dépenses de transport élevées, la question de déclarer vos frais pour leur montant réel peut se poser.  » La baisse du plafond de la déduction forfaitaire devrait inciter un nombre croissant de contribuables à basculer aux frais réels », avance Eric Bouron. C’est, de fait, un choix que vous pouvez faire en mai 2013 lors de la déclaration de vos revenus 2012.

Si vous vous rendez au travail en train, vous êtes en droit de déduire le coût de votre abonnement et de vos billets SNCF.  » Il convient alors au préalable de réintégrer la part payée par l’employeur (50%) dans le revenu imposable, qui est inscrite sur la fiche de paye », précise Franck Lasfargues, président du Club des jeunes experts comptables (CJEC). Prendre sa voiture (ou celle de son conjoint, de son partenaire de Pacs ou de son concubin) est également autorisé fiscalement parlant, le moyen de se déplacer étant laissé au libre arbitre du salarié; le fisc se réserve toutefois le droit de calculer la distance domicile – travail et de vous demander des comptes sur votre trajet en voiture alors que votre domicile est bien desservi par les transports en commun. 

> Un seul aller – retour quotidien

En pratique les frais automobiles sont déductibles sans restriction dans la limite de 80 km pour un seul aller – retour quotidien sauf exceptions. « A condition toutefois que vous n’habitiez pas loin de votre entreprise pour convenance personnelles ! », met en garde Joël Laus, du Syndicat national Solidaires Finances publiques. Un célibataire logeant à Aix-en-Provence pour son agrément – aucun impératif familial ne l’y oblige -, alors que son poste est situé a Marseille, ne peut pas prétendre au régime des frais réels. En revanche, aucun obstacle ç une telle déduction ne s’oppose, par exemple, à un contribuable travaillant à Brest mais résidant à Morlaix, où sa « moitié » gère un magasin. Mais inutile d’ajouter les frais de trajet générés par un pause déjeuner à la maison ! Un seul aller – retour quotidien est autorisé, sauf exceptions. C’est ce qui a conduit l’administration fiscale à refuser la déduction à un contribuable qui effectuait quatre allers – retours chaque weekend pour conduire au travail son conjoint dépourvu de permis de conduire.

 > Recours au barème kilomètrique

Si vous êtes propriétaire de la voiture, mieux vaut utiliser la barème des indemnités kilométriques établi par l’administration plutôt que d’additionner vos dépenses réelles, ce qui nécessite d’avoir conservé tous les justificatifs (facture d’essence et d’entretien du véhicule, etc). « Ce barème, qui englobe les frais de carburant, d’entretien, d’assurance, et d’usure du véhicule, est limité à 7 chevaux fiscaux en 2013. Ce qui signifie que les frais kilométriques pour une voiture de 10 ou 12 chevaux sont déterminés en 2013 de la même façon que pour une automobile de 7 chevaux », alerte Thierry Thienpont, fiscaliste au cabinet GMBA Baker Tilly à Paris. 

Aux dépenses ainsi calculées, vous pouvez ajouter les frais de péage, de garage ou de parking, et les intérêts annuels générés par l’achat à crédit du véhicule au prorata de l’utilisation professionnelle.

A noter, les propriétaires de deux-roues disposent d’un barème spécifique.

Les déjeuners constituent la deuxième catégorie de dépenses déductibles. Si vous allez au restaurant, vous pouvez prendre en compte, pour chaque repas, factures à l’appui, la part excédant 4.45€ (valeur du repas pris à la maison).

Si vous ne disposez pas de justificatif, vous pouvez déduire 4.45 € par repas. « Mais, en contrepartie, vous devez réintégrer dans votre revenu imposable la part des tickets restaurant prise en charge par l’employeur », prévient Franck Lasfargues.

> Les petites factures font les gros montant

« Le fisc accepte la déduction d’une multitude de dépenses professionnelles. Examinez la liste de près, les petits frais formant parfois un gros montant », conseille Joël Laus. Quoi qu’il en soit ne prenez pas ne compte une facture émise un jours férié. Et en cas de doute sur le montant des frais à retenir sécurisez votre situation par une mention expresse. Dans ce cas, si vous commettez une erreur, le coût du redressement fiscal ne s’alourdira pas de pénalités de retard. Ce qui n’est pas négligeable ! 

 

Article de Anne-Gäelle Nicolas Koch